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LE DEUXIEME QUART
Les coutumes et les habitudes
Le livre des règles relatives aux moyens d'existence et de l'acquisition des biens
Les degrés du scrupule : le scrupule comporte quatre degrés
Le premier degré c'est de se détourner de tout ce dont la fatwâ implique l'interdiction.
Ceci n'a pas besoin d'exemple pour l'illustrer.
Le deuxième degré : c'est d'avoir du scrupule par rapport à toute question douteuse qui n'implique
pas l'obligation mais seulement la recommandation de l'éviter, comme on le verra en traitant des questions douteuses.
Ceci relève d'ailleurs de la Parole du Prophète -sws- :
« Laisse ce qui te trouble pour ce qui ne te trouble pas ».
Le troisième degré : le scrupule par rapport à certain licite pour ne pas succomber dans ce
qui est illicite.
Le quatrième degré : le scrupule par rapport à tout ce qui n'est pas voué à Allah - qu'il soit exalté -
et c'est le scrupule des justes. Comme exemple qui l'illustre, nous mentionnons l'attitude de
Yahyâ ibn Yahyâ al-Nisâbûrî : On rapporte qu'un jour il a pris un médicament. Sa femme lui dit :
si tu marchais un peu dans la maison, pour que le remède ait son effet. Il lui dit :
c'est une marche que je ne connais pas. moi qui exige des comptes à mon âme depuis trente ans.
Voilà un homme qui n'a été saisi, à propos de cette marche, par aucune intention relative à la foi.
Voilà pourquoi il ne l'a pas entreprise. Cet exemple relève d'ailleurs des subtilités du scrupule.
Ce qu'on peut en dire de sûr, c'est que le scrupule comporte un début et une fin, et entre eux il y a des degrés
en matière de précaution et de prévoyance. C'est que plus l'homme est scrupuleux, plus il aura une charge légère
et une traversée rapide au-dessus du Sirat. Du reste les stations dans la vie future diffèrent en fonction
de la variation des degrés en matière de scrupule. Au même titre que les bas degrés de l'Enfer différent
à l'encontre des injustes en fonction des degrés de l'illicite. Voilà pourquoi, si tu veux, tu peux redoubler
de précautions et si tu veux, tu peux te permettre des dispenses. C'est pour ton âme que tu uses de prévoyance
et c'est à ses dépens que tu t'offres des dispenses.
Le deuxième point : il porte sur les degrés de ce qui est douteux et sa distinction par rapport
au licite et à l'illicite.
Du reste, le Hadîth rapporté par an-Nu'man ibn Bashir évoque ces trois parties, à savoir le licite,
l'illicite et ce qui se trouve entre eux. Ce qui pose problème c'est ce qui est au milieu et que beaucoup de gens
ignore, à savoir ce qui est douteux.
Nous allons en dévoiler le sens en disant ceci :
Le licite absolu, c'est ce qui ne comporte dans son essence aucune qualité qui implique l'interdiction
de sa réalité concrète, et qui ne comporte pas, dans les causes qui le régissent, une interdiction
ou une réprobation.
Citons comme exemple l'eau de pluie que l'homme récupère avant qu'elle ne devienne
la propriété de quelqu'un.
Quant à l'illicite, c'est ce qui renferme une qualité interdite, comme l'effet enivrant dans le vin,
la souillure dans l'urine ou qui se réalise par le biais d'une cause interdite, comme ce qui
se réalise grâce à l'injustice et à l'usure. Ces deux cas extrêmes sont évidents et on y ajoute
ce qui se réalise effectivement mais qui peut éventuellement changer de main sans que cette
éventualité ait une cause évidente qui le prouve et l'atteste. En effet, les prises et les proies
de la mer et de la terre sont licites, sauf qu'il se peut pour celui qui attrape une gazelle ou
un poisson, que ces proies aient été prises par un autre chasseur avant de s'en échapper.
Evidemment, une telle éventualité ne peut s'appliquer à l'eau de pluie qu'on récupère du ciel.
Néanmoins, s'en tenir à ce genre d'éventualité, relève du scrupule des obsédés car il s'agit
d'une illusion qui n'a aucun fondement. Mais à supposer qu'il existe une preuve pour l'attester,
comme par exemple lorsqu'on découvre chez la gazelle attrapée une blessure dont on ne connaît
pas l'origine avec exactitude, cela relèverait de la question du simple scrupule : Cela dit,
la définition de ce qui est douteux est la suivante : c'est ce qui génère deux croyances
contradictoires issues de deux choses qui impliquent deux croyances différentes.
Il existe, d'ailleurs, beaucoup d'exemples pour l'illustrer. Mais ce qui importe le plus
ce sont les deux exemples suivants :
Premier exemple : il s'agit du doute portant sur la cause qui rend la chose licite ou illicite.
Ceci se subdivise en quatre cas d'espèce :
Premier cas : c'est lorsqu'on sait, auparavant, que la chose est licite mais qu'ensuite intervient
un doute sur la cause de sa licite. Il s'agit là de quelque chose de douteux qu'il faut éviter
et dont il est interdit d'en user, comme lorsqu'on voit une proie blessée et qu'on la retrouve
morte après être tombée dans l'eau : on ne sait pas exactement si elle est morte par noyade ou
à la suite de sa blessure. Il s'agit là de quelque chose d'illicite parce qu'elle est régie par
le principe de l'interdiction.
Deuxième cas : c'est lorsqu'on connaît ce qui est licite et qu'on doute sur ce qui est interdit.
Le principe qui le régit c'est la licitée, comme lorsqu'on un oiseau vole dans les airs et qu'un homme
dise si c'est un corbeau ma femme sera répudiée, et qu'un autre dise : si ce n'est pas un corbeau
ma femme sera répudiée, et qu'ensuite l'affaire devient confuse entre eux. Nous ne devons pas stipuler
l'interdiction pour l'un des deux hommes. Mais le scrupule implique de les éviter et de confirmer
la répudiation pour les deux.
Troisième cas : c'est lorsqu'il y a, à l'origine, interdiction, mais qu'ensuite intervient
ce qui implique la licite sur la base d'une croyance plus plausible, bien qu'il y a encore du doute. Son caractère
licite est plus plausible, comme lorsqu'on lance une flèche contre une proie qui fuit et qu'on la retrouve
ensuite morte sans avoir la moindre blessure, à part celle de la flèche. Manifestement, il s'agit de quelque
chose de licite parce que l'éventualité verse dans l'obsession lorsqu'elle ne se fonde pas sur une preuve
tangible. En revanche lorsque la proie porte les traces d'un choc ou d'une autre blessure,
elle relève du premier cas d'espèce.
Quatrième cas : c'est lorsque l'objet licite est connu mais que prévaut la croyance de l'intervention
de l'interdiction pour une raison évidente quant à la prédominance de la présomption légale,
comme lorsque l'effort accomplit par le fidèle le conduit à estimer que l'un des deux récipients
est souillé en se fondant sur un signe particulier qui implique cette croyance. Celle-ci implique
l'interdiction d'y boire et celle de l'utiliser pour les ablutions mineures.
Deuxième exemple : c'est lorsqu'une bête morte de mort naturelle s'est mêlée à une autre
qui a été immolée, ou à une dizaine, ou à un nombre déterminé, ou lorsque la sœur de quelqu'un ressemble à une étrangère.
Il s'agit là d'un cas douteux qu'il convient d'éviter.
C'est le cas aussi lorsqu'un illicite déterminé se mêle à un licite indéterminé, comme lorsque sa sœur
ou une dizaine de femmes qui ont tété le même sein dans leur enfance ressemblent aux femmes d'une grande ville,
ceci n'implique pas d'éviter de se marier avec les gens de cette ville, car il est permis à celui
qui est concerné d'épouser la femme qu'il désire parmi elles parce que leur interdiction constitue
une grande gêne. Il en va de même pour celui qui sait qu'il y a certainement de l'illicite qui s'est mêlé à l'argent
qui circule. Il n'est pas tenu de renoncer à l'achat et à la consommation car cela comporte beaucoup de gêne pour lui.
En effet l'Envoyé d'Allah
- صلى الله عليه و سلم -
et Ses compagnons savaient qu'il y avait parmi les gens de leur époque des usuriers, pourtant ils n'ont pas renoncé
complètement à l'usage de la monnaie ; de même ils ont su qu'une récolte été volée mais ils n'ont pas renoncé à
l'achat des récoltes. C'est dire qu'éviter ce genre de chose relève plutôt du scrupule obsessionnel.
C'est le cas également lorsqu'un illicite indéterminé se mêle à un licite indéterminé comme le cas de l'argent
qui circule à notre époque. En effet, ce mélange n'interdit pas d'acquérir quelque chose de particulier,
sauf s'il porte un signe particulier qui prouve que c'est un bien illicite comme lorsqu'on le reçoit
de la main d'un gouvernant injuste. S'il ne porte pas de signe particulier, son abandon relève du scrupule
sans qu'il y ait interdiction. Ceci parce qu'on savait à l'époque de l'Envoyé d'Allah
- صلى الله عليه و سلم -
et des Califes après lui, que le prix des vins, l'argent
de l'usure et les produits du butin se sont mêlés à la masse de l'argent en circulation.
Certains compagnons ont été témoins du pillage de Médine et des forfaits des tyrans mais ils n'ont
pas interdit l'achat au marché. C'est dire que, sans la validité de ce principe, tous les agissements
deviendraient impossibles en raison de la prédominance de la perversion chez les gens. Il reste que
le principe qui régit l'argent c'est la licité.
Ainsi, lorsqu'il y a contradiction entre le principe
et ce qui prédomine sans que ce dernier porte un signe particulier, c'est la licité qui prévaut
comme nous l'avons souligné à propos de la terre des rues et des récipients des polythéistes.
En effet, 'Umar
- رضي الله عنه -
avait bu dans une jarre appartenant à des chrétiens, bien qu'ils boivent du vin
et mangent du cochon, et qu'ils ne s'embarrassent pas des souillures. Par ailleurs, les compagnons
avaient pour habitude de porter des manteaux de cuir tanné et des vêtements teintés.
D'ailleurs, celui qui réfléchit sur la situation des tanneurs et des teinturiers saura
qu'ils sont submergés par les souillures, ce qui montre qu'ils ne se prémunissent que contre
une souillure visible ou portant un signe, car ils ne prennent pas en considération les suppositions
gratuites qu'impliqué le cours normal des choses.
Si l'on se demande :
ils prennent des libertés dans les questions de purification mais ils se prémunissent contre les cas douteux
en matière d'illicite, où est donc la différence ?
Nous répondons par ceci : si tu veux entendre par là
qu'ils prient avec les souillures, ceci n'est pas vrai et si tu veux entendre qu'ils se prémunissent
contre toute souillure qu'il faut éviter, ceci est vrai. Quant à leur scrupule par rapport aux cas douteux,
il s'effectuait par le biais du renoncement de l'âme à ce qui n'implique pas le mal par crainte de ce qui
fait mal - du les gens scrupuleux parmi les anciens fuyaient les biens licites qui pouvaient absorber
leurs cœurs. Allah est Plus Savant.
Le troisième point porte sur le licite, l'illicite, la recherche, l'interrogation, la négligence.
Sache que si on t'offre une nourriture ou un cadeau ou si tu veux acheter quelque chose d'une personne,
tu n'as pas à te poser des questions du genre : ceci fait partie des choses dont je n'ai pas la certitude
qu'elles soient licites donc je veux bien vérifier son origine, mais tu n'as pas non plus le droit
d'abandonner totalement toute vérification et toute recherche à ce sujet. C'est que parfois l'interrogation
est obligatoire, parfois elle est interdite, parfois elle est recommandée et parfois elle est répréhensible.
Le mieux qu'on puisse dire à ce sujet est ceci :
Le doute est à l'origine de l'interrogation. Il intervient soit à propos d'une question relative à
l'argent ou à son propriétaire, soit à propos de quelque chose se rapportant à ce dernier, comme
lorsqu'il est inconnu, sans que cela porte un indice qui prouve son injustice, comme la tenue des soldats,
ou sa rectitude comme les habits des savants et des ascètes. Ici, l'interrogation ne s'impose pas
et elles n'est pas permise car une telle attitude recèle une atteinte et une gêne pour le musulman
et on ne peut en dire de lui : ceci est douteux, parce que le doute implique un soupçon fondé sur
une preuve ou une indication. Voilà pourquoi il est permis de traiter avec un tel homme, parce que
le fait d'avoir les biens dans ses mains prouve qu'il est le propriétaire, tandis que les autres preuves
contre lui restent fragiles. Néanmoins le renoncement dans ce cas relèverait du scrupule.
Pour ce qui se rapporte aux biens, c'est lorsque le licite se mêle à l'illicite, comme lorsqu'on propose
au marché des quantités de nourriture spoliée que les gens habitués au souk achètent. En effet, celui qui
effectue des achats dans un tel marché n'est pas tenu de poser des questions sur la marchandise proposée
sauf s'il s'avère que la plupart de la marchandise proposée est illicite. Dans ce cas, il doit poser
des questions. Autrement, si la plus grande partie de ce qui est proposé n'est pas illicite,
l'interrogation relèverait du scrupule et elle ne serait pas obligatoire.
Nous disons la même chose à propos d'un homme dont les biens licites se sont mêlés à d'autres
illicites, comme lorsqu'il s'agit d'un commerçant qui effectue des opérations saines tout en recourant
à la pratique de l'usure. Lorsque la grande partie des biens d'un tel commerçant est illicite on ne
doit accepter son invitation et ses cadeaux qu'après avoir inspecté leur origine. S'il s'avère que ce
qu'on prend est d'origine légitime, il est alors permis de l'acquérir, autrement il convient d'y renoncer.
Si les biens proposés sont illicites dans une petite proportion, ce qu'on prend devient douteux et
le scrupule implique qu'on doit y renoncer.
Sache également que l'interrogation s'impose en raison de la suspicion et ne s'arrête que lorsqu'il
n'y a pas de suspicion qui l'implique. Ceci lorsque le responsable n'est pas accusé. S'il est accusé
et lorsque tu sais qu'il a un dessein à travers ta présence ou l'acceptation de son cadeau, tu ne dois
pas avoir confiance dans son dire et il convient d'interroger quelqu'un d'autre.
Le quatrième point : sur Le licite, l'illicite et la modalité pour le repentant de réparer
les forfaits financiers.
Sache que celui qui se repent et qui possède des biens mélangés doit extraire ce qui en est illicite et
s'en débarrasser. S'il s'agit de biens matériels connus, leur affaire est facile. S'il s'agit de biens
confus et mélangés mais déterminés comme les grains, les pièces de monnaie, dont on connaît la valeur,
on doit trier celle-ci. S'il y a difficultés on a deux possibilités pour s'en sortir.
- L'une d'elle consiste à s'en tenir à la croyance générale.
- L'autre consiste à s'en tenir à la certitude.
En somme, c'est l'attitude qu'exigé le scrupule.
Lorsqu'on doit se débarrasser des biens illicites et s'ils ont un propriétaire déterminé, il convient
de les lui remettre à lui ou à ses héritiers. Même si ces biens ont rapporté des intérêts et ont augmenté
on doit tout réunir pour le lui remettre. Si on désespère de retrouver le propriétaire et on ne sait pas
s'il a ou non laissé des héritiers après sa mort, on doit donner ces biens en aumône. S'il s'agit de biens
qui étaient à l'origine consacrés à l'intérêt commun des musulmans, il convient de les investir dans
la construction des ponts et des mosquées et dans l'entretien des routes qui conduisent à la Mecque
et dans tout ce qui est utile pour les passagers musulmans.
Il reste que si le fidèle a des parents qui possèdent des biens illicites, il doit chercher des échappatoires
pour ne pas en consommer, s'il s'agit de biens d'origine douteuse il doit les ménager, s'ils refusent,
il doit en prendre une petite quantité. Ainsi on rapporte que Bishr a pris une datte donnée par
sa mère puis il est monté dans la pièce et il l'a vomie.
Le cinquième point : la fréquentation des sultans et des gouvernants, sur l'acceptation de leurs
cadeaux et ce qui est permis en matière de fréquentation de sultans injustes, etc...
Sache que celui qui reçoit de l'argent offert par un sultan doit chercher l'origine et la provenance
de cet argent, se demander s'il le mérite ou non et évaluer la quantité qu'il doit accepter.
En effet, beaucoup parmi les anciens ont eu du scrupule à l'accepter. D'autres l'acceptaient puis
le donnaient en aumône.
Pour ce qui est de notre époque, la prudence est de rigueur à ce sujet parce qu'on sait généralement
comment on parvient à recevoir un tel argent. En plus, on sait qu'on ne peut l'obtenir qu'en s'humiliant,
qu'en le demandant et qu'en fermant les yeux sur certains comportements répréhensibles.
Du reste, certains parmi les anciens pieux ne prenaient jamais un tel argent, prétextant qu'il y avait beaucoup
de gens parmi eux qui le méritaient et qui ne l'ont pas pris. Evidemment, ce n'était qu'un prétexte car
ils ne feraient que prendre leur dû.
مختصر منهاج القاصدين
صر لتلخيص كتاب منهاج القاصدين لابن الجوزي الذي هوتلخيص لكتاب الإحياء للغزالي، فكان تلخيصاً مفيداً يرشد الطالب ويوضح المقصود ويفي بالغرض المأمول يشمل جانباً من العبادات والعادات والمكاسب والإصلاح الاجتماعي والعقيدة والأخلاق والتاريخ وسعة رحمة الله تعالى، كما يتحدث عن المهلكات والمنجيات
Revivification de la spiritualité musulmane
Revivification de la Spiritualité Musulmane [ Mukhtasar Minhâj al-Qâsidîn ]
- Ihyâ 'Ulûm al-Dîn de Ghazâlî réécrit par Ibn Qudâma al-Maqdisî pour le rendre encore plus accessible.